Bonjour à tous,

Voici le trentième billet de mon feuilleton
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Les musulmans ne sont pas des bébés phoques

De notre déni considéré comme l’un des beaux-arts

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30. De cette invention de la CIA : les camps de concentration soviétiques

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1945, la guerre est finie, les Alliés l’ont emporté. La découverte de la réalité concentrationnaire hitlérienne fera du nazisme l’idéologie du mal absolu. En même temps, la conviction que sans l’Urss la victoire sur le Troisième Reich aurait été impossible interdira toute critique à l’encontre de la patrie des travailleurs. Après la bataille de Stalingrad, le petit père des peuples, qui en est regardé comme le héros, est intouchable. Son régime également. La seule évocation de leurs forfaits devient indécente. Alors on oublie la déportation de deux millions de koulaks (propriétaires terriens) ; on oublie la grande famine d’Ukraine sciemment provoquée en 1932-1933 (environ 6 millions de morts en quelques mois) ; on oublie la grande purge de 1937-1938 qui liquida 690 000 personnes ; on oublie le pacte germano-soviétique de 1939 ; on oublie tous les communistes allemands venus se réfugier en Urss et livrés aux nazis par le Génial père des peuples ; on oublie, on oublie…

Cependant, dans les mois qui suivent, une rumeur insistante commence à circuler : il existerait des camps de concentration en Union soviétique, dont un certain nombre de rescapés seraient arrivés en Occident.

David Rousset, résistant, ex-militant trotskiste, survivant du camp de Buchenwald et lauréat du prix Renaudot pour son livre L’Univers concentrationnaire, confirme cette nouvelle impensable. Le résistant va plus loin. Dans un article paru dans un dossier sur les camps soviétiques publié dans Le Figaro littéraire du 12 novembre 1949, Rousset, tenant pour acquise l’existence de ces camps, considère que ceux-ci « ne se présentent plus comme une excroissance pathologique mais comme l’expression de rapports normaux, comme le développement naturel d’une société nouvelle ».

Vous vous en doutez, l’ex-résistant est violemment pris à partie par la presse de gauche, et en particulier par l’hebdomadaire culturel du PCF Les Lettres françaises qui l’accuse de falsification de l’Histoire : l’ancien déporté aurait purement et simplement transposé des témoignages de détenus de camps de concentration nazis en prétendus témoignages sur de soi-disant camps de concentration soviétiques. Rousset leur intente un procès en diffamation qu’il gagnera. Ce jugement n’empêchera pourtant pas une bonne partie de notre Famille de l’ostraciser.

À l’époque, toute allusion aux camps de concentration soviétiques est condamnée comme « mensonge fasciste », et, plus grave, destiné à détourner le regard des Européens de l’horreur nazie. On ne s’attardera pas à s’interroger sur la véracité de cette réalité ni sur l’authenticité des témoignages présentés. Une seule question sera légitime : « À qui profite cette information ? » Le choix du journal où l’article est publié (en l’occurrence Le Figaro littéraire, de droite) étant considéré comme la preuve supplémentaire décisive. Nous retrouvons ici l’argument que nous nous plairons à brandir jusqu’à aujourd’hui, avec une constance jamais prise en défaut. « On a parlé des camps russes, dit un des personnages mis en scène par Simone de Beauvoir dans Les Mandarins, Vincent est bien de mon avis. Il dit que c’est dégueulasse, mais que si on fait campagne contre, les bourgeois seront trop contents.  » Déjà cette obsession de « ne pas faire le jeu de… » Peu importera dès lors ce qu’il se passera en Union soviétique, le mot d’ordre restera le même : ne pas apporter de l’eau au moulin des Américains, du capitalisme, de la réaction… Lire la suite

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Rappel des précédents billets :

1. De notre irrépressible besoin de rallier le parti des idiots utiles
2. « Non seulement nous avions tort, mais c’étaient nos adversaires qui avaient raison. »
3. Dieu que l’émancipation était belle au temps des colonies !
4. De la gueule de bois des décolonisés
5. De la dictature sans faille : une nécessité patriotique
6. De la guerre d’Algérie, à l’origine de notre engagement tiers-mondiste
7.Du facteur religieux du FNL, une ignorance du monde intellectuel progressiste
8. Démocratie ! Laïcité ! Des discours à l’usage des Occidentaux
9. « Personne ne voulait savoir la torture et l’absence totale de démocratie »
10. De notre posture de dominants repentis
11. De l’esclavage condamné ou ignoré selon l’identité des esclavagistes
12. De la colonisation arabe-musulmane, un fait historique mal connu en Occident
13. Un syndrome colonial ?
14. Du retour inattendu de la tyrannie religieuse
15. Sommes-nous en guerre contre le terrorisme islamiste ?.
16. Si nous sommes en guerre est-elle de religion ?
17. De l’illusion de croire que l’on choisit ses ennemis
18. Allahuakbar Charlie !
19. Une manifestation pétainiste ?
20. Je suis Charlie versus Je ne suis pas Charlie
21. De l’héritage de Voltaire et de ce que nous n’en avons pas fait
22. De la religion utilisée comme idéologie
23. « Mais d’abord, écrasez l’Infâme ! »
24. D’une scolastique, l’autre, en sautant par-dessus les Lumières
25. De Sartre à Badiou, l’émergence d’une scolastique new look ?
26. De la Révolution, sainte, libératrice et purificatrice
27. Retour à notre événement fondateur, la Révolution soviétique
28. De ces étranges procès en sorcellerie
29. D’un livre coup de tonnerre

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Titres des prochains billets :

Lundi 17 avril : 31. De Simone de Beauvoir et de sa justification de la violence
Mardi 18 avril : 32. De la Terreur rouge comme arme employée contre une classe vouée à périr et qui ne s’y résigne pas
Mercredi 19 avril : 33. Du procès Kravchenko

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Merci pour vos lectures, et surtout n’hésitez pas à laisser vos commentaires, vos critiques ou témoignages sur la page même des billets afin de susciter le débat !
(Cliquer sur le petit phylactère à la droite du titre du billet).

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André Versaille

www.andreversaille.com

© André Versaille — 2017

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