Bonjour à tous,

Voici le soixante-sixième billet de mon feuilleton
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Les musulmans ne sont pas des bébés phoques

En finir avec notre déni !

http://andreversaille.blog.lemonde.fr

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À ceux qui prennent ce feuilleton en cours, je les invite à commencer par lire l’Avertissement, puis les deux premiers billets qui les éclaireront sur mon propos :

1. De notre irrépressible besoin de rallier le parti des idiots utiles
2. « Non seulement nous avions tort, mais c’étaient nos adversaires qui avaient raison. »

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66. L’Islamisme, rien à voir avec l’islam ?

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Pendant longtemps, nous avons répété en boucle que les terroristes trahissaient et défiguraient l’islam et que l’islamisme n’avait ABSOLUMENT rien à voir avec le véritable islam. Là, plus que jamais, padamalgam¹ ! Et tant de nos cousins non musulmans, dont rien jusqu’ici ne nous faisait soupçonner leur science en matière d’islamologie, se sont mis à nous composer un islam aussi sommaire que leur pensée, et qu’ils décrétaient « véritable islam » (appellation contrôlée, méfiez-vous des contrefaçons). Ainsi, au lendemain des attentats de janvier 2015, Edwy Plenel déclara, péremptoire, sur le Bondy Blog : « Ce n’est pas l’islam qui a produit ces terroristes. Ces derniers se prétendent de l’islam mais n’ont rien à voir avec l’islam. En revanche ils sont le produit de toutes les fractures, de toutes les déchirures de notre société².  »

Pourtant, dès le 20 janvier 2015, soit une douzaine de jours après les tueries de janvier, l’imam Ghaleb Bencheikh, islamologue et membre de la délégation des droits de l’homme, déclarait déjà : « Chaque jour des dizaines de vies sont fauchées par une guerre menée au nom de l’islam […]. Il est de notre responsabilité, d’abord à nous, citoyens musulmans, de nous opposer à tout ce qui l’attise et l’entretient. Nous ne le faisons pas pour obéir à telle injonction ni parce que nous sommes sommés de nous “désolidariser”. Nous agissons de la sorte mus que nous sommes par une très haute idée de la liberté et de la fraternité. […] Il est temps de reconnaître, dans la lucidité, les manquements à l’éthique de l’altérité qui altèrent des communautés musulmanes ignares et déstructurées. […] Au-delà des simples réformettes, plus qu’un aggiornamento […], c’est à une refondation de la pensée théologique qu’il faut en appeler. » Il faut « en finir avec la “raison religieuse” […], se soustraire à l’argument d’autorité […]. Les chantiers sont titanesques : la laïcité, l’égalité foncière entre les êtres, la liberté d’expression, la garantie de pouvoir abjurer sa croyance, la désacralisation de la violence sont des antidotes primordiaux exigés. […] Ce n’est plus possible de pérorer que l’islam c’est la paix. Bien que nous connaissions la miséricorde enseignée par sa version standard, c’est aussi une compréhension obscurantiste, passéiste et rétrograde d’une partie du patrimoine calcifié qui est la cause de tous nos maux. […] Il est temps de la sortir des enfermements doctrinaux. L’inapplicabilité d’un certain nombre de textes du corpus religieux est une réalité […]. Nous en tirons les conséquences. Je regrette que nous ne l’ayons pas fait en France. Aucun colloque de grande envergure n’a pu se tenir, aucun symposium important n’a été organisé ; pas la moindre conférence sérieuse n’a été animée pour pourfendre les thèses islamistes. La pusillanimité de nos “hiérarques” nous a causé beaucoup de torts³. »

Aujourd’hui, ce « rienavoirisme » (Jean Birnbaum) a perdu de ses plumes. Même Tariq Ramadan a fini par reconnaître que oui, l’islamisme terroriste est une «  excroissance perverse et inacceptable de l’islam ». En l’entendant, nous nous sommes retrouvés tout bêtes avec notre déni sur les bras. Et d’ailleurs, sur quelle base décidons-nous, avec cette assurance de nouveaux convertis, que tel islam est « dévoyé » plutôt que tel autre ? Et sur quels principes choisissons-nous tel passage du Coran prêchant la tolérance et la paix ? (« Point de violence en matière de religion. La vérité se distingue assez de l’erreur » ; 2 : 257) Plutôt que tel autre incitant à la violence et au meurtre ? (« Quand vous rencontrerez les infidèles, tuez-les jusqu’à en faire un grand carnage, et serrez les entraves des captifs que vous aurez faits » ; 47 : 4) Sinon sur notre bon naturel qui nous engage à défendre à tout prix l’idée que l’islam ne peut être qu’une religion de paix ?

Question : devant de telles barbaries, commises par des intégristes catholiques, nous serions-nous autant échinés à tenter de faire croire que le catholicisme ne pouvait être qu’une religion de paix ? N’aurions-nous pas plutôt rappelé les Croisades, les guerres de religion, l’Inquisition, l’intolérance religieuse ? En refusant de dénoncer le fanatisme islamiste pour ne-pas-stigmatiser-les-musulmans, nous, les padamalgamistes, montrons que nous n’avons toujours pas compris que nous sommes dans la répétition de notre aveuglement de tiers-mondistes des années 1960 et 1970. De même que nous avions bâillonné les démocrates du tiers-monde, notre nouvel aveuglement sabote l’action émancipatrice des résistants musulmans qui essaient, par leur seule plume de faire entrer leur monde dans une modernité séculière respectueuse des droits humains.

Mardi prochain, je reviendrai sur notre réflexe de nous ranger du côté 
des fondamentalistes dans leur haine des résistants musulmans.

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En librairie début octobre :

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Mardi 12 septembre : Pourquoi nous rangeons-nous nous du côté 
des fondamentalistes dans leur haine des résistants musulmans ?

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¹ Au fait, a demandé un jour l’historien Élie Barnavi, dirait-on que les rabbins qui ont armé le bras d’égal Amir, l’assassin de Rabin, n’avaient rien à voir avec le judaïsme ?
² Bondy blog, 14 janvier 2015.
³ Ghaleb Bencheikh, « Il faut refonder la pensée théologique de l’islam », Le Monde, 20  janvier 2015.

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Rappel des précédents billets :

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1. De notre irrépressible besoin de rallier le parti des idiots utiles
2. « Non seulement nous avions tort, mais c’étaient nos adversaires qui avaient raison. »
3. Dieu que l’émancipation était belle au temps des colonies !
4. De la gueule de bois des décolonisés
5. De la dictature sans faille : une nécessité patriotique
6. De la guerre d’Algérie, à l’origine de notre engagement tiers-mondiste
7.Du facteur religieux du FNL, une ignorance du monde intellectuel progressiste
8. Démocratie ! Laïcité ! Des discours à l’usage des Occidentaux
9. « Personne ne voulait savoir la torture et l’absence totale de démocratie »
10. De notre posture de dominants repentis
11. De l’esclavage condamné ou ignoré selon l’identité des esclavagistes
12. De la colonisation arabe-musulmane, un fait historique mal connu en Occident
13. Un syndrome colonial ?
14. Du retour inattendu de la tyrannie religieuse
15. Sommes-nous en guerre contre le terrorisme islamiste ?.
16. Si nous sommes en guerre, est-elle de religion ?
17. De l’illusion de croire que l’on choisit ses ennemis
18. Allahuakbar Charlie !
19. Une manifestation pétainiste ?
20. Je suis Charlie versus Je ne suis pas Charlie
21. De l’héritage de Voltaire et de ce que nous n’en avons pas fait
22. De la religion utilisée comme idéologie
23. « Mais d’abord, écrasez l’Infâme ! »
24. D’une scolastique, l’autre, en sautant par-dessus les Lumières
25. De Sartre à Badiou, l’émergence d’une scolastique new look ?
26. De la Révolution, sainte, libératrice et purificatrice
27. Retour à notre événement fondateur, la Révolution soviétique
28. De ces étranges procès en sorcellerie
29. D’un livre coup de tonnerre
30. De cette invention de la CIA : les camps de concentration soviétiques
31. De Simone de Beauvoir et de sa justification de la violence révolutionnaire
32. De la Terreur rouge employée comme arme contre une classe vouée à périr et qui ne s’y résigne pas
33. Du procès Kravchenko
34. Des intellectuels ralliés au PCF et de l’importance de ne pas désespérer Billancourt
35. De Sartre et du rapport attribué au camarade Khrouchtchev
36. De l’arrivée de Soljenitsyne, son Archipel du Goulag sous le bras
37. Du rejet de Staline de la glorification de Mao
38. De l’intelligentsia parisienne conquise pas les maos
39. D’un remake : après Staline, Mao
40. De Sollers et des telqueliens patinant joyeusement entre contestation maoïste et mondanités structuralistes
41. Des Habits neufs du président Mao
42. Du terrorisme tenu pour une réaction d’opprimés
43. Du sentiment de l’humiliation et de l’auto-victimisation
44. Du monde islamique vu comme un gigantesque Clichy-sous-Bois
45. De la conviction que les islamistes finiront par nous rejoindre
46. De l’islamisme mouvement idéologique souverain de restauration
47. Le djihadisme, fruit de l’islam : le témoignage par l’histoire du wahhabisme
48. L’islamisme, résultante de l’échec de la décolonisation et du nationalisme nassérien
49. La démocratie dans le monde musulman
50. Notre mantra : « Attention, islamophobie ! »
51. Le terme d’islamophobie son origine et son instrumentalisation
52. La lutte contre l’islamophobie, une stratégie mondiale
53. Les ravages provoqués par l’application d’une loi anti-blasphème
54. Le multiculturalisme, fruit d’un tiers-mondisme dévoyé ?
55. Les coquetteries poétiques d’un haut-fonctionnaire multiculturaliste
56. Quand Kamel Daoud est accusé d’islamophobie
57. Le viol et le déshonneur de certains sociologues « progressistes ».
58. « Le culturalisme est l’arme des terroristes ! »
59. Le racisme, le pire des maux ?
60. Cet étrange antiracisme nouvelle mode
61. La laïcité battue en brèche par l’antiracisme..
62. Les droits de l’homme en terre d’islam
63. Edwy Plenel en Brigitte Bardot
64. Tout pour les musulmans, rien par les musulmans ?
65. L’islamisme, un problème en France ou dans le monde ?

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André Versaille

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