Bonjour à tous,

Voici le vingt-septième billet de mon feuilleton
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Les musulmans ne sont pas des bébés phoques

De notre déni considéré comme l’un des beaux-arts

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27. Retour à notre événement fondateur, la Révolution soviétique

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Lorsqu’en 1917 éclate la première révolution russe, celle de Février, avec l’insurrection de Petrograd suivie de la formation du Soviet du même nom, puis de l’instauration du Gouvernement provisoire et de l’abdication du tsar Nicolas II, notre Famille s’est sentie galvanisée. On se représente mal aujourd’hui l’enthousiasme prodigieux qui souleva tous les progressistes à l’annonce de la Révolution russe. On entendit crier « Vive le Soviet !  » jusque dans les tranchées. À Paris, Gustave Hervé (journaliste antimilitariste radical devenu ardent patriote en 1914) s’exclame : «  Quelle joie, quelle ivresse, c’est à devenir fou de joie. Qu’est-ce que Verdun, qu’est-ce que l’Yser, qu’est-ce que la Marne elle-même, la victoire immortelle, à côté de l’incommensurable victoire morale que la cause des alliés vient de remporter à Petrograd. »

Quelques mois plus tard, en novembre (octobre, selon le calendrier russe), les Bolcheviks prennent le pouvoir, et, contrairement à la révolution inaugurée en février, s’engagent d’emblée dans la voie de la violence extrême et généralisée. Cette révolution est alors perçue en France comme le prolongement – ou l’achèvement – de la Révolution française : les Bolcheviks sont (…)

Les années passent.

Lénine mort en 1924, Staline, déjà Secrétaire général du Parti depuis deux ans, devient bientôt l’autocrate dont le régime restera dans les mémoires comme l’un des trois grands totalitarismes du XXe siècle à côté du nazisme et du maoïsme (on notera que deux de ces trois totalitarismes majeurs se sont réclamés de la gauche).
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Pendant longtemps, le monde progressiste, dans sa large majorité, considérera l’Urss comme la réalisation d’une grande et heureuse utopie, parfois « en panne », mais globalement réussie. Ainsi, en juin 1935, à Paris, lors des Journées de solidarité et d’amitié avec l’Urss, sont présents deux prix Nobel, huit professeurs au Collège de France, des hommes politiques, mais aussi des artistes, des ingénieurs, des médecins et de simples travailleurs. « La France entière est ici !  », proclame L’Humanité, l’organe central du PCF. Oui, ils sont tous là, venus exalter le régime soviétique et chanter les vertus de « l’homme le plus aimé du monde, le camarade Joseph Staline ! ».
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Quelques années plus tôt, en 1929, Panait Istrati, rentre accablé d’Urss. L’« écrivain prolétarien » et compagnon de route vient d’y passer six mois, et il y a vu « une classe ignorante, vulgaire, perverse, avide de domination » et « la terreur qui frappe le ventre et l’abri  ». Il a consigné ce qu’il a vu et fait lire son manuscrit, Vers l’autre flamme, à Romain Rolland. Nous ne sommes pas encore dans les années trente, on ne peut donc ni invoquer le danger nazi, ni quelque crainte que ce soit pour l’avenir de la gauche. Pourtant, Rolland, atterré, supplie son ami de ne pas publier son texte : « Ce serait un coup de massue à la Russie entière. Ces pages sont sacrées, elles doivent être conservées dans les archives de la révolution éternelle, dans son livre d’or. Nous vous aimons encore plus et nous vous vénérons de les avoir écrites. Mais ne les publiez pas en ce moment. » Oui, « pas en ce moment ». Pour la Famille, ce ne sera jamais le moment…

Panait Istrati n’obtempérera pas. Le livre paraît, et la description de l’exploitation impitoyable des travailleurs par une bureaucratie prête à tout pour défendre ses privilèges révulse la Famille. Immédiatement, les intellectuels du PCF qualifient Panait Istrati de fasciste et mènent une campagne de calomnies contre lui. Un traitement semblable sera réservé en 1935 contre Boris Souvarine, auteur d’une biographie « non autorisée » de Staline. Deux ans plus tard, ce sera le tour de Victor Serge, coupable d’avoir publié son Destin d’une révolution.

Ah non, chez nous, on n’aimait pas les écrivains de gauche qui trahissaient le socialisme. On les appelait des sociotraîtres. Lire la suite

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Rappel des précédents billets :

1. De notre irrépressible besoin de rallier le parti des idiots utiles
2. « Non seulement nous avions tort, mais c’étaient nos adversaires qui avaient raison. »
3. Dieu que l’émancipation était belle au temps des colonies !
4. De la gueule de bois des décolonisés
5. De la dictature sans faille : une nécessité patriotique
6. De la guerre d’Algérie, à l’origine de notre engagement tiers-mondiste
7.Du facteur religieux du FNL, une ignorance du monde intellectuel progressiste
8. Démocratie ! Laïcité ! Des discours à l’usage des Occidentaux
9. « Personne ne voulait savoir la torture et l’absence totale de démocratie »
10. De notre posture de dominants repentis
11. De l’esclavage condamné ou ignoré selon l’identité des esclavagistes
12. De la colonisation arabe-musulmane, un fait historique mal connu en Occident
13. Un syndrome colonial ?
14. Du retour inattendu de la tyrannie religieuse
15. Sommes-nous en guerre contre le terrorisme islamiste ?.
16. Si nous sommes en guerre est-elle de religion ?
17. De l’illusion de croire que l’on choisit ses ennemis
18. Allahuakbar Charlie !
19. Une manifestation pétainiste ?
20. Je suis Charlie versus Je ne suis pas Charlie
21. De l’héritage de Voltaire et de ce que nous n’en avons pas fait
22. De la religion utilisée comme idéologie
23. « Mais d’abord, écrasez l’Infâme ! »
24. D’une scolastique, l’autre, en sautant par-dessus les Lumières
25. De Sartre à Badiou, l’émergence d’une scolastique new look ?
26. De la Révolution, sainte, libératrice et purificatrice

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Titres des prochains billets :

Mercedi 12 avril : 28. De ces étranges procès en sorcellerie
Jeudi 13 avril : 29. D’un livre coup de tonnerre
Vendredi 14 avril : 30. De cette invention de la CIA : les camps de concentration soviétiques

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Merci pour vos lectures, et surtout n’hésitez pas à laisser vos commentaires et vos critiques sur la page même des billets afin de susciter le débat !
(Cliquer sur le petit phylactère à la droite du titre du billet).

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André Versaille

www.andreversaille.com

© André Versaille — 2017

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