Bonjour à tous,

Voici le vingt-deuxième billet de mon feuilleton
.

Les musulmans ne sont pas des bébés phoques De notre déni considéré comme l’un des beaux-arts

http://andreversaille.blog.lemonde.fr

.

22. De la religion utilisée comme idéologie

.

Ni Voltaire ni les Encyclopédistes n’ont été les premiers « intellectuels » français à s’insurger contre le fanatisme religieux. Ils furent précédés par des humanistes chrétiens du temps des guerres de Religion, puis, de manière comique, par Molière. Car lui aussi eut à se défendre contre mille fanatiques ; lui aussi fut accusé, en mettant à nu l’hypocrisie et la vénalité du faux dévot Tartuffe, de salir les vrais dévots. Eh oui, notre bon padamalgam est au moins vieux de 350 ans. Il sent le rance…

Quoi qu’il en soit, c’est bien la lutte des Encyclopédistes, et en premier lieu celle de Voltaire, qui finit par imposer la tolérance. Ce combat ressemble trop à celui que mènent aujourd’hui les résistants musulmans pour ne pas tenter une comparaison.

Premier élément de comparaison, l’appréhension de la tolérance par les religieux. À l’instar du combat des résistants pour l’abolition des peines prévues par la charia, la lutte de Voltaire fut d’autant plus longue et difficile que, sous l’Ancien régime, l’intolérance était tenue pour une vertu. Parlant de la religion catholique, Bossuet l’avait d’ailleurs proclamée « la moins tolérante de toutes les religions », entendant par là, la plus intègre. Comme dans le monde musulman actuel, la tolérance était alors considérée comme une compromission avec « l’erreur » – donc avec le mal : du point de vue théologique, l’homme ne pourrait être sauvé que s’il se soumettait absolument aux vérités enseignées par l’Église catholique ; celui qui refusait le dogme serait immanquablement damné.

Dès lors, tolérer que ses semblables professent un autre credo, ce n’était pas faire preuve d’ouverture d’esprit mais d’indifférence coupable à la damnation de son prochain. En termes actuels, on pourrait parler de non-assistance à personne en danger de damnation. Plutôt que de tomber dans cette lâcheté, on préférait recourir à la contrainte, présentée comme l’un des visages de la charité (« Contrains-les d’entrer », avait dit le Christ), voire à la persécution qualifiée de zèle.

Marque d’incorruptibilité morale, l’intolérance demeurait la gardienne de l’orthodoxie indispensable à la perpétuation de la vérité de l’Église dont l’enseignement devait être, à l’instar de Dieu, éternel et immuable – cette immuabilité à travers les siècles étant la preuve de sa véracité. Quant à la RPR, la « religion prétendue réformée », elle ne pouvait qu’être l’œuvre d’orgueilleux qui se considéraient supérieurs à l’Église, et dont la diversité des enseignements professés par les Luther, Calvin et autres sectateurs hérétiques témoignait précisément de leur fausseté.

L’instauration de la tolérance était regardée comme dangereuse car elle égarait le croyant dans un labyrinthe de subtilités contradictoires introduites par les protestants. Perdu au milieu de ces subtilités, le fidèle finirait inévitablement par douter ; il se détacherait alors de la foi pure pour se satisfaire d’un théisme abstrait, ou pire, sombrerait dans l’athéisme. Sous couvert de lutter pour le libre examen et l’instauration d’une liberté de culte, les apôtres de la tolérance ne pouvaient être que des hypocrites, des suppôts de la RPR, ou même des libertins autrement dit des athées.

(…)

Cette conception des choses était révolutionnaire en ce qu’elle mettait le libre arbitre au-dessus de l’enseignement professé par l’Église qui n’était plus regardée comme la gardienne de la pureté de la foi chrétienne mais comme une autorité qui, pour conserver le pouvoir, s’arrogeait le monopole de l’interprétation des textes en maintenant le peuple dans l’ignorance et la sujétion.

Toute l’action de Voltaire et des philosophes des Lumières consista à inverser le regard relatif à la tolérance. Au bout de quelques années… Lire la suite

.

Rappel des précédents billets :

1. De notre irrépressible besoin de rallier le parti des idiots utiles
2. « Non seulement nous avions tort, mais c’étaient nos adversaires qui avaient raison. »
3. Dieu que l’émancipation était belle au temps des colonies !
4. De la gueule de bois des décolonisés
5. De la dictature sans faille : une nécessité patriotique
6. De la guerre d’Algérie, à l’origine de notre engagement tiers-mondiste
7.Du facteur religieux du FNL, une ignorance du monde intellectuel progressiste
8. Démocratie ! Laïcité ! Des discours à l’usage des Occidentaux
9. « Personne ne voulait savoir la torture et l’absence totale de démocratie »
10. De notre posture de dominants repentis
11. De l’esclavage condamné ou ignoré selon l’identité des esclavagistes
12. De la colonisation arabe-musulmane, un fait historique mal connu en Occident
13. Un syndrome colonial ?
14. Du retour inattendu de la tyrannie religieuse
15. Sommes-nous en guerre contre le terrorisme islamiste ?.
16. Si nous sommes en guerre est-elle de religion ?
17. De l’illusion de croire que l’on choisit ses ennemis
18. Allahuakbar Charlie !
19. Une manifestation pétainiste ?
20. Je suis Charlie versus Je ne suis pas Charlie
21. De l’héritage de Voltaire et de ce que nous n’en avons pas fait

.

Titres des prochains billets :

Demain : 23. « Mais d’abord, écrasez l’Infâme ! »
Jeudi 6 avril : 24. D’une scolastique, l’autre, en sautant par-dessus les Lumières
Vendredi 7 avril : 25. De Sartre à Badiou, l’émergence d’une scolastique new-look ?

.

Merci pour vos lectures, et surtout n’hésitez pas à laisser vos commentaires et vos critiques sur la page même des billets afin de susciter le débat !
(Cliquer sur le petit phylactère à la droite du titre du billet).

.

André Versaille

www.andreversaille.com

© André Versaille — 2017

© André Versaille — 2017